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Retraites

LE 27 janvier PAR Emmanuel Dellacherie - 0 COMMENTAIRES

Quel avenir pour notre système de retraite ?

Quel avenir pour notre système de retraite ? L’actuel système de retraite se caractérise par une injustice croissante. Dans un système où l’essentiel de la protection sociale est financée par des cotisations ou contributions assises sur les salaires, ce sont les salariés, et particulièrement ceux qui se situent en début de carrière professionnelle qui supportent la quasi-totalité de l’effort de financement. Alors même qu’ils font face à des situations plus difficiles en matière d’emploi et de précarisation du travail que celles de leurs aînés, leur effort contributif va être plus important pour des niveaux de retraite plus faibles.

Dans un système fondé sur la solidarité intergénérationnelle, une telle inégalité de traitement, alors même que le niveau de vie moyen des retraités est désormais supérieur à celui des actifs (sans compter les inégalités en matière de patrimoine), n’est pas supportable.

En outre, les réformes accumulées ces dernières années, centrées sur la durée de cotisation, ont encore accru les inégalités entre les futurs retraités, désavantageant encore plus ceux qui ne bénéficiaient pas de carrières complètes, en particulier les femmes. Seule évolution positive, la possibilité offerte aux salariés ayant commencé à travailler jeunes de partir à la retraite avant 60 ans, dès lors qu’ils avaient accumulé 40 ans de cotisations.

Enfin les salariés les plus aisés continuent à ne cotiser au régime de retraite de base qu’au niveau du seul salaire plafonné (environ 2600 euros), alors qu’ils bénéficient de retraites complémentaires plus généreuses (réservées aux seuls cadres). Et les régimes supplémentaires de retraite et de prévoyance en entreprise, financées par répartition ou par capitalisation, ne bénéficient qu’à une partie du salariat.

Cette situation n’est pas tenable. Elle va provoquer, si rien ne change une très forte augmentation des inégalités entre retraités, et un développement de la pauvreté chez les séniors alors qu’elle avait été très fortement résorbée au dernier quart du 20ème siècle. Elle aboutit à une situation ubuesque où la solidarité intergénérationnelle se développe à rebours, des retraités vers les jeunes actifs dans le cadre de la sphère familiale.

Dans ces conditions, il peut être tentant de renverser totalement le système, en substituant au système de retraite actuel, fondé sur le principe du salaire différé, un modèle basé sur le versement d’un revenu universel égal à l’ensemble des inactifs de plus de 60 ans, revenu universel financé par l’impôt, quel qu’il soit, en vertu du principe de non affectation des recettes de l’État.

Ce système est en réalité très inspiré du modèle anglo-saxon "beveridgien", c’est-à-dire celui d’un filet de sécurité financé par l’État. Mais le niveau de la retraite est tel, équivalent au SMIC, que celle-ci n’aurait pas à être complété par une pension supplémentaire financée par répartition ou par capitalisation.

Dans ce système, aucune distinction ne serait faite en fonction de la durée d’activité et les rémunérations perçues au cours de la carrière professionnelle. Elle opère donc un changement de paradigme complet. Quelles peuvent en être les conséquences ?

Le premier risque, en transformant la retraite en revenu d’assistance, est celui de la paupérisation des retraités. Le mécanisme du salaire différé, en dépit des réformes structurelles engagées, résiste mieux aux coups de butoirs du libéralisme que les mécanismes d’assistance. Même si le niveau des retraites a pâti du passage de l’indexation sur les salaires à celle de l’indexation sur les prix, que dire du décrochage du RMI par rapport au SMIC en 20 ans ! Les reformes des retraites se produisent tous les 5 à 10 ans, quand des prestations d’assistance sont une variable dans le budget de l’État voté chaque année.

Le second risque, c’est celui du développement des solutions d’épargne collective ou individuelle, puisqu’il n’y aurait plus la place pour un système de retraite de base et complémentaire obligatoire. Or on sait que le développement de ces solutions d’épargne est par nature fortement inégalitaire.

En réalité, le système de retraite par répartition peut très bien être réformé dans le sens d’une plus grande justice entre générations, sans qu’il soit besoin de l’abandonner.

Il est indispensable de réformer le système de retraites dans le sens d’une plus grande justice. En fixant des niveaux de retraite minima pour des carrières complètes, et d’ailleurs pourquoi pas au niveau du SMIC, en veillant à limiter les effets des décotes qui pénalisent les salariés ayant connu des carrières incomplètes, en prenant en compte la pénibilité du travail dans l’âge de départ et la durée des cotisations. Et pourquoi pas mettre en œuvre une solidarité entre les retraité eux-mêmes, avec une contribution de solidarité financée par les retraités plus aisés plutôt que de faire toujours reporter l’effort de financement sur les actifs ? Il est quand même profondément injuste que des retraités aisés, qui bénéficient souvent de surcroît d’un patrimoine immobilier, soient si peu imposés. Sait-on qu’un Smicard à temps partiel a un taux de CSG plus élevé qu’un retraité qui gagne 4000 euros par mois ?

Conforter la retraite par répartition suppose également de revoir l’ensemble du financement de la protection sociale. En effet, s’il semble juste de financer les retraites, les prestations chômage ou les indemnités journalières sur des assiettes salariales, par application de la notion de salaire différé, il serait plus logique que l’ensemble des revenus participent au financement des prestations familiales et des dépenses de santé, qui ont un caractère universel. Dans ce cadre, l’idée d’asseoir les cotisations patronales famille et maladie sur l’ensemble de valeur ajoutée des entreprises doit être remise sur la table.

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