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Ecologie / Logement / Politique de la ville

LE 28 octobre 2009 PAR Marie-Noëlle Lienemann - 0 COMMENTAIRES

La ville durable et solidaire : le grand défi de la gauche du XXIe siècle.

La ville durable et solidaire : le grand défi de la gauche du XXIe siècle. Pour combattre le changement climatique mais aussi pour préserver l’équilibre écologique des territoires comme les ressources naturelles, il est fondamental de repenser complètement nos villes et l’aménagement du territoire. La révolution des pratiques doit à l’évidence partir d’un changement radical des modes constructifs des bâtiments, mais il serait vain de s’en tenir là, sans modifier l’organisation même des villes.

En 2008, les transports représentent 27% de la production de gaz à effet de serre. Ils en sont le premier facteur et augmentent de façon alarmante. Viennent ensuite les industries (21%), l’agriculture (20%) et les bâtiments (18%). Autre facteur de destruction de l’environnement : l’artificialisation des terres qui pollue l’eau, menace la biodiversité ou la diminution des terres agricoles si nécessaires pour nourrir l’humanité. Deux phénomènes se conjuguent : d’un côté, la baisse de la densité urbaine - entre 1975 et 1990, la densité urbaine a diminué de 6,3%, la superficie moyenne de la ville augmenté de 18% tandis que la population s’accroissait de 9% -, de l’autre l’accroissement de la population dans les zones rurales, souvent en périphérie des secteurs bâtis - entre 1999 et 2007, plus de 33% des logements ont été construits dans des communes rurales et la population rurale croît d’environ 5% par an tandis que 60 000 ha/an de terres agricoles disparaissent en France sous l’effet de l’urbanisation. C’est le foncier d’activité qui est le premier consommateur d’espace : 215 000 ha/an contre 55 à 70 000 ha pour le logement.

Il est prioritaire de stopper l’étalement urbain et de réaliser une ville plus dense sans qu’elle devienne pour autant concentrationnaire, oppressante ou qu’elle fragilise le « vivre ensemble ». La ville durable doit être plus compacte, optimiser le sol utilisé pour construire un grand nombre de logements et permettre une cohabitation harmonieuse qui préserve l’intimité de chacun. La forme urbaine est alors importante.

La ville durable est aussi une ville qui réunit toutes les différences, socio-économiques et culturelles, qui combat la ghettoïsation, une ville où l’accès aux transports en commun et aux équipements et services publics est partout aisé, égal pour tous. Elle doit enfin rompre avec les zones d’activités ou de bureaux homogènes sans logements à proximité. La densité doit imposer partout une diversité des usages, des logements, en taille, en fonction sociale. Tout cela ne se fera pas « naturellement ». La loi doit fixer des contraintes partagées. Rien n’est possible sans repenser notre cadre d’urbanisme, les investissements publics, la régulation du foncier et de l’immobilier, l’organisation d’une filière « construction durable, basse consommation, ou bâtiments passifs », sans refonder une nouvelle culture urbaine. Ainsi, la localisation des logements est fondamentale pour combattre l’effet de serre. On sait que la transformation en habitat passif, d’un logement de 100 m2 construit selon la réglementation thermique actuelle, serait annulée par un voyage en voiture de 20 kms par jour et ce 340 jours par an !

Bien sûr cela n’invalide en rien l’urgence de modifier radicalement la performance énergétique, tant dans le neuf que dans l’ancien. Le Grenelle de l’environnement prévoit que dés le 1er janvier 2013, tous les bâtiments neufs devront être BBC (basse consommation énergétique). Dans l’ancien, la consommation d’énergie des bâtiments existants doit diminuer d’au moins 38% d’ici à 2020. Il est prévu de réhabiliter pour cette date au moins 800 000 logements HLM. Toutes ces mutations vont permettre de créer des millions d’emplois. Encore faut-il dégager les financements indispensables, et promouvoir des technologies nouvelles en les rendant moins coûteuses, mais aussi développer les énergies renouvelables. À l’heure actuelle, les surcoûts sont importants alors même que les dépenses de logement des Français représentent en moyenne près de 28% de leur budget. C’est plus encore pour les foyers modestes et cela s’est considérablement accru depuis 7 ans. La spéculation immobilière, l’accroissement démesuré des prix du foncier en sont la principale cause. L’augmentation des prix n’a pas servi la qualité du bâti ou l’amélioration du confort. Elle a accéléré l’étalement urbain, le départ des foyers modestes loin des centres-villes. La spéculation, la hausse des prix du terrain et de l’immobilier non seulement renforcent la ségrégation sociale, freinent la réalisation de logements sociaux et la mise en œuvre du droit au logement pour tous, ponctionnent le pouvoir d’achat, mais jouent à plein contre le développement durable. Il n’y aura pas de ville durable sans régulations, voir sans encadrement des prix de l’immobilier. Les infrastructures nouvelles créent de la richesse. Elle ne saurait profiter aux propriétaires des terrains qui sont valorisés. La puissance publique est seule légitime à en bénéficier pour l’intérêt général. Les collectivités locales vont être en première ligne pour « refaire la ville sur la ville ». L’impératif écologique n’est ni un retour en arrière, ni une somme de contraintes. Mais il impose de changer. Inventons l’Urbanité Républicaine , la ville durable, une nouvelle civilisation urbaine.

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