EXTRAITS. Le Parisien, mardi 25 octobre. Interview de Benoit Hamon, porte parole du parti Socialiste. Propos recueillis par Eric Hacquemand et Henri Vernet.
Vous avez été très exposé dans les médias lorsque vous vous en êtes pris au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, et à ses écrits. Avez-vous des regrets ?
Non. Je persiste et je signe. Je reste choqué qu’à l’abri d’un récit littéraire, on puisse banaliser ou justifier le tourisme sexuel. Si on y ajoute la complaisance dont a fait preuve Frédéric Mitterrand à l’égard de Roman Polanski, c’est trop. Je reste fidèle au principe d’égalité : il n’y a pas une justice pour les puissants et une autre pour les faibles. Le seul embarras que j’éprouve aujourd’hui, c’est la concomitance dans le temps entre les déclarations de Marine Le Pen et les miennes. Elle a permis à la droite d’alimenter une campagne contre moi. Pour autant, cela ne justifie pas que certains aient cherché à en profiter pour régler leurs comptes. Y compris dans ma propre famille politique.
Avez-vous pensé à démissionner ?
Non, jamais. Devant le déchaînement des Besson, BHL, Bertrand ou même, ce qui m’a surpris, Jean-Luc Mélenchon…la seule question que Je me suis posée est la suivante :me suis-je trompé ? Eh bien non. Pour un témoignage de désapprobation, j’en ai reçu dix me donnant raison. Seul Daniel Cohn-Bendit m’a demandé de partir. Mais plus ça va, plus je le trouve à côté de la plaque…
L’affaire des expulsés afghans ne démontre-t-elle pas une nouvelle fois que le PS brille par son absence ?
Du démantèlement de la jungle de Calais au retour forcé de ces Afghans, le PS a pris la parole. Le Parti est au côté des associations. Il est présent et proteste contre un gouvernement dont la politique d’immigration se résume à maintenir les clandestins dans un état extrême de précarité pour les dissuader de venir. La jungle de Calais, c’est la création du gouvernement qui espère, en plus, faire son beurre électoral sur cette misère. Eric Besson applique les idées du Front national : il met en oeuvre des pans entiers de son programme avec un cynisme indigne.
Êtes-vous favorable à une régularisation massive des sans-papiers ?
Je suis favorable à la régularisation des travailleurs sans papiers. Plus globalement, je suis hostile à une politique d’immigration qui se bornerait à servir les besoins en main d’oeuvre de la France. La tradition française d’accueil et de droit d’asile doit être restaurée.
Concernant les élections régionales, ni les Verts ni le PC n’acceptent de s’allier avec vous au premier tour. Cette solitude n’est-elle pas un handicap ?
Le PS ne sera pas seul. Les Radicaux de gauche et les amis de Jean-Pierre Chevènement seront avec nous. Au-delà, je ne renonce pas à rediscuter sans exclusive avec nos partenaires : est-ce aujourd’hui la bonne stratégie pour les différents partis de gauche de partir éparpillés aux régionales face à une droite unie ? Avec les Verts et les communistes, nous avons des bilans communs et nos programmes sont proches. Alors sur quoi allons-nous nous différencier ? Pourquoi courir le risque de se lancer dans une compétition féroce de premier tour ? Il n’est pas trop tard pour se remettre autour d’une table et pour chercher un rassemblement réclamé à cor et à cri par l’électorat de gauche.
L’eurodéputé Vincent Peillon plaide de nouveau pour des accords avec le MoDem au premier tour…
C’est Martine Aubry qui dirige le PS. Elle a fixé un cap : le rassemblement de la gauche. Vincent Peillon est libre de sa parole, mais elle n’engage pas les socialistes.