Un monde d’avance : Pourquoi peut-on déjà qualifier le 1er mai 2009 d’historique ?
Eric Thouzeau : Historique car c’est la première fois, depuis la Libération, que toutes les organisations appellent à manifester ensemble. Historique par le nombre attendu de manifestants. Historique car le soutien de « l’opinion publique » ne se dément pas. L’unité des organisations syndicales permet les mobilisations de masse. A noter aussi l’existence d’une plateforme intersyndicale globale. C’est la première fois depuis la plateforme CGT-CFDT de 1966 qui avait été un des éléments qui avait permis Mai 68.
Comment vois-tu le rôle du mouvement syndical dans cette période ?
Il semble déjà loin le temps où Sarkozy osait dire que lorsqu’il y avait une grève, personne ne s’en apercevait. Ce sont maintenant séquestrations et occupations d’entreprises qui font la une. Contre les licenciements et pour l’augmentation des salaires, il s’agit d’obliger patronat et gouvernement à renoncer à faire payer aux salariés une crise qui n’est pas la leur. Bien sûr, la grève générale ne se décrète pas, mais faire converger, travailler au tous ensemble, c’est bien le rôle du syndicalisme. L’exemple de la Guadeloupe (même si la forme d’organisation qu’a prise l’unité n’est pas directement transposable) est dans toutes les têtes. Cela bouge aussi au plan européen : après la grève générale en Grèce, les grandes manifs en Italie ou en Irlande par exemple, la Confédération européenne des syndicats organise des rassemblements les 14, 15 et 16 mai à Madrid, Prague, Bruxelles et Berlin.
Quelles complémentarités vois-tu entre ton militantisme syndical et ton engagement au Parti socialiste ?
Le mouvement ouvrier a historiquement produit deux formes d’organisation : les syndicats et les partis se réclamant du socialisme. Les deux ont une fonction différente même si leur champ d’action est le même. Ce qui importe, c’est que ce qui est du ressort du syndicat se décide au syndicat et nulle part ailleurs. Quant aux partis de gauche, ils se doivent de travailler au débouché politique indispensable au mouvement social. J’ai toujours pensé que mes activités syndicales et politiques étaient complémentaires. Quand on se bat pour l’unité, le rassemblement et l’unification du syndicalisme, cela va dans le même sens que lorsqu’on milite pour un front uni de la gauche et un parti de toute la gauche. Il s’agit de renforcer notre camp, celui du salariat face au MEDEF, celui du Travail contre le Capital.